mercredi 12 mars 2014

Histoire de l'Art

      
       Admettons que vous débarquiez sur une planète inconnue et que vous souhaitiez recenser les choses qui s’y trouvent. Une tripartition classique pourrait alors être utilisée, fondée sur la forme des objets. Vous distinguerez :
1. Les choses ou phénomènes simples qui manifestent un ordre régulier : cristaux, formations basaltiques, ripple marks, etc. (il est facile de compresser leur description : le programme pour les reproduire est beaucoup plus court que la description pas à pas que l’on peut en faire; pour approcher cette idée on peut penser par exemple à la série : 1010101010101010101010101010101010101010, qui est facilement compressible).

2. Les choses complexes et non spécifiques : agrégats, agglomérats, chaos rocheux, etc. produites par l’entrecroisement chaotique d’une multitude de phénomènes réguliers (leur description est incompressible : le programme pour les reproduire exactement est aussi long que la description pas à pas; on pensera ici, pour se faire une idée, à la série aléatoire : 10000101010001111101010110100010110110010, qui est incompressible).

3. Les choses complexes et spécifiques qui semblent manifester un ordre intelligent par l’agencement d’une très grande multitude de parties en vue d’une fonction unique : outillage, machines, etc. (le programme peut être plus court que la description, mais seulement si on suppose une intelligence conceptrice; par exemple, la série des nombres premiers écrite en base 2 (comme dans le film Contact avec Jodie Foster) est incompressible à première vue, mais est en fait très compressible une fois que l'on a la clé -elle combine la complexité de l'aléatoire et la conformité à un patron fonctionnel du nécessaire).

On pourra distinguer ainsi : l’ordre, le chaos et l’intelligence.
A noter : si l'on s’intéresse à un objet donné, manifestant un certain degré d’ordre, on pourra observer qu’il tend à le perdre à mesure que le temps passe. Il devient progressivement chaotique. Même l’ordre intelligent, qui remonte localement le courant de l’entropie, doit lutter sans cesse contre la croissance du chaos. Sauf à ce que l’intelligence l’emporte sur la seconde loi de la thermodynamique, il semble donc que, de manière générale, tout s’achemine vers le chaos.

Imaginons maintenant que des Martiens envoient des robots-photographes sur notre planète et que ces derniers leur rapportent trois clichés.


D'abord celui-ci :


Ensuite celui-là :

Enfin celui-ci : 


Quelles hypothèses pourraient faire les Martiens ? Certainement que le premier objet photographié est le résultat d'un processus naturel de déformation d'une surface cristallisée. Que le deuxième est le fruit de divers mouvements aléatoires. Que le troisième, enfin, est sans doute l'oeuvre d'une intelligence. 

Imaginons maintenant qu'on révèle aux Martiens que les trois objets photographiés sont des oeuvres de l'art humain et qu'on leur demande de formuler quelques hypothèses. Ils diront sans doute que le deuxième objet a été produit par un bébé, le premier par un adolescent à qui l'on aurait appris l'usage de la règle et du pochoir découpé, le troisième par un adulte particulièrement inventif. Et s'il fallait classer ces oeuvres non point dans la vie d'un seul homme, mais le long de l'évolution de l'humanité tout entière, nul doute qu'ils attribueraient le deuxième dessin à l'enfance de l'humanité, le premier à son adolescence et le troisième à son âge adulte. 

Voici notre énigme : quand on aura révélé aux Martiens que le véritable ordre chronologique des oeuvres en question est exactement le contraire de celui qu'ils avaient envisagé, comment pourront-ils interpréter ce fait ? Comment comprendre que les humains, depuis environ cinquante ans, s'attachent à confondre leurs productions artistiques avec la régularité des lois du monde minéral, ou avec le chaos aléatoire des processus stochastiques ? Pourquoi cherchent-ils, de manière quasiment exclusive, à simuler le non-humain, à imiter l'inintelligent ? 

Veulent-ils disparaître ? Passer incognito ?

Cette expérience s'applique particulièrement bien à l'architecture.
Comparons par exemple l'opéra de Paris...


...au nouvel opéra de Pékin.






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