vendredi 14 mars 2014

Argument from evil



L'existence du mal constitue, à n'en pas douter, la plus spontanée, la plus répandue et -dit-on- la plus puissante des objections contre l'existence de Dieu. Plutôt que de discuter ici de la force de cette objection, nous voudrions développer quelques considérations chronologiques à son propos. 

Pendant des siècles, bizarrement, cet argument fut très peu développé. 

On pourrait s'étonner de cette absence. Les hommes, en effet, souffraient alors beaucoup plus qu'aujourd'hui. La mortalité infantile était très élevée, les morts violentes beaucoup plus fréquentes et le moindre panaris se transformait en gangrène. Sans parler des mauvaises récoltes, de la disette et des grands épidémies. Autant dire que les hommes morflaient sévère, du berceau jusqu'au cercueil. Il aurait été facile d'attirer leur attention sur la contradiction entre cette vallée de larmes et la bonté supposée de Dieu.

Pourtant, les athées n'en faisaient rien. Ils cherchaient plutôt à montrer -de manière beaucoup plus directe- que Dieu est une hypothèse inutile, ou qu'il est impersonnel, ou bien encore que l'âme est mortelle aussi bien que le corps, ce qui rend les préoccupations religieuses à peu près sans intérêt (c'était la thèse d'Averroès et Spinoza). 

L'objection tirée de l'existence du mal n'entama sa véritable carrière qu'à la fin du 18ème siècle, c'est à dire au moment même où les conditions de vie commençaient à s'améliorer et où l'idéal du confort bourgeois et du progrès terrestre s'installait dans les mentalités. A présent que la vie est la plus confortable et la moins douloureuse que l'humanité ait jamais connue, l'objection du mal est considérée comme quasiment imparable. 

Mais c'est justement là l'explication : c'est cette extrême réduction de la souffrance moyenne qui nous rend si sensibles à la souffrance résiduelle et la transforme en scandale. Cela fonctionne comme pour les inégalités. Nos exigences de confort sont désormais telles qu'il ne nous est plus possible de croire en Dieu.

A suivre....

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