samedi 22 mars 2014

Enigme

Encore un quizz pour les Martiens.

Dans quel ordre (chronologique) classer ces trois oeuvres ?

Celle-ci : 


 Celle-ci :



Et celle-là :




Admettons qu'il existe en art une sorte de "progrès" (progrès de la maîtrise technique, de la finesse d'exécution, de la sensibilité au beau, de l'équilibre de la composition); il faudrait évidemment classer ces trois oeuvres en commençant par la troisième et en finissant par la première. Malheureusement, l'ordre historique réel, qui retrace assez bien le mouvement général de l'histoire de l'Art en Occident depuis un siècle, marche exactement dans l'autre sens.

Mais justement, dira-t-on, il n'y a pas de progrès dans l'Art.
Thèse connue. Dirons-nous alors qu'il y a "Décadence" ? Non plus. Vous n'y pensez pas ! Arrière la bête immonde. Pourquoi pas "Entartete Kunst", tant que vous y êtes ! Non, la vérité, c'est qu'il y a équivalence générale entre toutes ces choses, équivalence fondée sur l'"incommunicabilité entre les paradigmes artistiques". "Incommensurabilité des référentiels". Voilà qui pourrait convaincre des étudiants en arts plastiques, des présentateurs de télé, des ministres, des attachés culturels, des normaliens.

Des Martiens, ça m'étonnerait.

De cette évolution de l'Art en Occident, on peut fournir toutes sortes d'explications, qui ne sont pas forcément exclusives les unes des autres. On évoquera le tournant kantien en esthétique, qui a entraîné la valorisation de l'effet subjectif contre le contenu spirituel, la subversion des canons classiques (dits "bourgeois") par le projet révolutionnaire bolchevique, la plaisanterie dadaïste transformée en doctrine académique de remplacement, la volonté d'affranchissement à l'égard de toute contrainte, portée par le projet anti-naturaliste postmoderne, le bannissement du Beau comme finalité de l'Art au profit de l'Innovation, etc.

Pour ma part, j'admets toutes ces explications, mais j'ajoute un élément : ce qui fournit un moteur à toutes ces nouvelles configurations idéologico-esthétiques, c'est la passion de l'Egalité. Là-dessus comme sur à peu près tout le reste, c'est Tocqueville qui a tout compris. Il est évident qu'à l'époque où régnait le paradigme dont ressort le premier tableau (celui de Simon Vouet), peu de gens pouvaient se dire artiste. Et si on voulait le devenir, il fallait quelques dons naturels et beaucoup de travail. A l'époque, la nôtre, où règnent les paradigmes de l'expressionnisme brut ou de la figuration stochastique, le bénéfice démocratique est immense : arrière les dons naturels! Arrière l'injustice de la génétique ! Arrière le travail et la sueur ! Il est par construction impossible de rater une oeuvre d'art contemporain. Même la queue d'un âne fait un sans-faute. Anything goes.

Tout le monde il est un génie !









Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire