mercredi 9 avril 2014

Aveu


L'inculture et l'illogisme gagnent tellement de terrain que les gens ne se rendent même plus compte des énormités qu'ils profèrent. Le publicitaire qui a pondu ce slogan doit se trouver très habile. Très décalé, très "Canal". Tout comme son client, qui n'a pas idée de l'aveu magnifique qu'il affiche en 4x3 dans tous les lieux publics. Ainsi, EDF casse le morceau : pour voir un quelconque progrès dans notre époque, il faut avoir totalement renoncé à la raison, et se jeter dans la foi aveugle. S'il fallait voir le Progrès pour croire à son existence, comme l'exigeait Saint Thomas pour le corps du Christ, personne n'y croirait plus depuis longtemps. Optons donc pour la mentalité magique. Croyons avant de voir. Mieux : croyons en dépit même de ce que nous constatons de plus évident. Croyons envers et contre tout. En l'espèce, il faut effectivement une foi aveugle à toute réalité empirique pour croire que les éoliennes puissent sérieusement régler nos problèmes énergétiques. On pourrait utiliser ce slogan pour décrire l'euro, la mondialisation, la décentralisation, la nouvelle cuisine, etc. 
Ce phénomène d'aveu est général. Par les effets conjugués de leur décomplexion et de leur incompétence langagière, nos contemporains ne cessent d'avouer les ressorts profonds de notre époque. Ainsi, en politique, ne dit-on plus "décideurs" ou "responsables" mais "acteurs". C'est le bon mot. Cinéma ou théâtre, comme on voudra. Remarquez aussi comme le verbe "faire" (suivi d'un complément d'objet direct : Caesar fecit pontem) a disparu au profit du verbe "accompagner". Là aussi, c'est précis. Il est parfaitement vrai que François Hollande n'est pas un décideur qui fait quelque chose ; il est un acteur qui accompagne. C'est précis, c'est net, c'est sans bavure. La parole publique est commme le patient d'un psychanalyste qui ne cesserait de dire qu'il aime sa maman. Pour le psychanalyste, ce ne serait même plus drôle, ce serait trop facile.


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