mardi 10 juin 2014

"La liberté guide nos pas"


Ce vers célèbre, tiré du Chant du Départ, est très riche de signification. Il me semble constituer une parfaite expression théorique de l’absurdité du projet moderne. Il suffit pour s’en rendre compte de poser une question simple : "Ah oui ? Et où va-t-on quand on est guidé par la liberté ?" Quand on est guidé par une boussole, on va vers le Nord; quand on est guidé par l'appât du gain, on va vers l'argent; quand on est guidé par la nature, on va vers la Grande Santé... Mais quand on est guidé par la liberté? Il est évidemment impossible de répondre. La liberté n'est pas un principe normatif; la liberté n'est pas un guide. La seule chose à dire, c'est : n'importe où. Tout le projet moderne se trouve là résumé : il convient de s’émanciper de tout, de n’être lié à rien, tenu à rien, redevable de rien. L’homo modernus se veut sans nature, sans finalité, et donc sans destination. Être « guidé par la liberté », c’est n’être pas guidé du tout, c’est errer sans fin.


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