mercredi 9 juillet 2014

Une énigme à méditer sur la plage


Dans les grandes comme dans les petites choses, il semblerait que nos dirigeants depuis 40 ans, dans à peu près tous les domaines, soient frappés d’une véritable malédiction. A-t-on remarqué à quel point tout ce qu’ils entreprennent échoue lamentablement ? Attention, je ne veux pas dire par là qu’ils obtiennent des résultats modestes, voire minables au regard d’ambitions grandioses, non. Il s’agit de quelque chose de bien plus terrible : leurs projets aboutissent, systématiquement, au résultat contraire de ce qu’ils avaient annoncé. Prenons quelques exemples. Dans les années 60, l’Eglise catholique annonce qu’elle révolutionne sa liturgie, son mode d’enseignement, sa relation au monde moderne, dans le but d’attirer les foules et de séduire les masses populaires. Quarante ans plus tard, les églises sont désertées, les gens ne font plus baptiser leurs enfants, les vocations de prêtres ont été divisées par dix, la culture catholique ne se transmet plus. Les seuls à demeurer vivants sont précisément ceux qui ont refusé les réformes, les "traditionnalistes". Autre exemple : en 1990, Lionel Jospin réforme l’école, appliquant les méthodes pédagogiques révolutionnaires inventées dans les années 70. Objectif : réduire les inégalités sociales, faciliter l’accès au savoir. Sans tarder, le niveau s'est effondré. Vingt-cinq ans plus tard, les instituteurs sont illettrés, l’école publique n'est plus qu'une garderie mal tenue, le baccalauréat n’a plus aucune valeur. Conséquence directe : les inégalités sociales en matière scolaire ont littéralement explosé. Les seules à s'en sortir sont les écoles libres qui n'appliquent pas les réformes. Encore un exemple : en 2000, on lance l’Euro, qui doit nous apporter la croissance, le plein emploi et hâter l’avènement des Etats-Unis d’Europe. Quinze ans plus tard, la zone euro s’enfonce dans la crise, le chômage et la stagnation ; plusieurs pays parlent sérieusement de quitter l’Union européenne (sur ce point, la réussite de l'Allemagne n'est pas une objection recevable, voir ICI). Un dernier pour la route ? En 2003, les néoconservateurs américains entament leur "guerre contre le terrorisme" en Irak, dépensant pour ce faire des centaines de milliards de dollars et causant la mort de centaines de milliers de personnes. Dix ans plus tard, le califat est officiellement rétabli en Irak, le terrorisme salafiste s’étend de la Libye jusqu’à la Syrie et gagne l’Europe. L'année 2014 marque même le retour d'un supplice autrefois très en vogue dans la région : la crucifixion. Ah oui, j'oubliais : les Talibans sont de nouveau au pouvoir en Afghanistan. Bon, j’arrête pour les grands dossiers.

Je disais en commençant que ce qui est vrai en gros est aussi vrai en détail. Regardez par exemple l’UMP : ce parti est dirigé depuis trois ans par des gens qui ne cessent de prôner la rigueur budgétaire et d’annoncer que lorsqu’ils reviendront au pouvoir, les mânes de Pinay flotteront sur la France. Fort bien. En trois ans, ils ont réussi à creuser une dette de 75 millions d’euros dans une structure qui emploie quelques dizaines de personnes. On admettra que c'est prometteur.

A considérer ce phénomène, on se perd en conjectures : les dirigeants sont-ils secrètement recrutés sur la base d'un test visant à vérifier qu'ils sont tous complètement idiots ? Ont-ils le cerveau monté à l’envers ? Font-ils exprès de tout détruire, inspirés par la haine ? Sommes-nous dans Batman ? Est-ce une bande de clowns terroristes, disciples du Joker ?
La question est mise au concours !


2 commentaires:

  1. Félicitations Frédéric pour cette remarquable analyse.

    Je propose ceci.

    Avez vous noté que De Gaulle avait raison en lançant l'appel du 18 juin mais qu'il n'a pu réussir à sauvegarder l'Algerie française en 1962, même sous une forme atténuée ( autonomie, association ou alliance ) ?

    Pourtant quelques rares politiques publiques ont marché - par exemple en France le nucléaire civil et militaire. Pourquoi ? Peut être parce qu il s'agissait d'une matière éminemment technique dans laquelle journalistes et intellectuels été ai et marginalisés .

    Dans la plupart des autres dossiers, la définition et l'application des décisions gouvernementales est hautement pollués par des personnages nombreux, incompétents et aagités. Ce qui a notamment pour effet de privilégier des objectifs utopiques à atteindre par des moyens iréniques .

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  2. Quelques observations en réponse

    I - historiquement mai 68 n'est pas un événement unique mais le dernier d'une série d'ébranlements qui ont laminé la pensée et la société traditionnelles :
    1- la seconde guerre mondiale et le pétainiisme ont affaibli dans la société comme dans l'Eglise le camp réactionnaire au profit des courants assimilés à la Résistance : démocratie chrétienne, marxisme classique et aussi et surtout marxisme léninisme du PCF.
    2- la guerre d'Algérie a achevé le phénomène : en 1962, le nationalisme autoritaire est vu par presque tous les Français comme une pensée irréelle , pensée de vaincus qui ignorent tout du monde contemporain ...
    3- le gaullisme dans l'ordre civil et le Concile dans l'ordre religieux participent d'une même idée : la réforme est nécessaire, elle est positive, elle permet en sauver ce qui peu l'être face à des courants révolutionnaires ( les communistes essentiellement) . Il faut moderniser l'Etat, la société , l'économie et l'Eglise pour les adapter au monde contemporain contre lequel il serait absurde de lutter.
    4- mai 68 n'a guère suscité d'antidote ( comme le fut Reagan aux États Unis) : très vite Pompidou puis Giscard et évidemment Mitterrand ont cherche à canaliser le mouvement libéral libertaire non à s'opposer à lui. De même l.épiscopat des années 1970.
    5- horrible paradoxe : le discrédit qui frappe le communisme à la fin des années 1970 ne bénéficie absolument pas au camp réactionnaire. L'effet Jean Paul II est très faible en France. C est BHL et la gauche mitterrandienne qui en tire parti.

    II - sur le plan de la sociologie des idées et de la décision , la période est aussi marquée par la montée en puissance des intellectuels et des médias qui imposent le choix d'objectifs et de méthodes iréniques .et qui donc ne peuvent qu échouer !
    Un intéressant contre exemple : une des rares réussites française de la période 1960 1980 est la construction d'un gigantesque programme nucléaire militaire puis civil. Pourquoi ? Parce que ce programme conduit par des ingénieurs , des militaires et des monopoles publiques ( Cea et EDF ) et soutenu contre vents et marées par les gouvernements successifs échappait aux bavardages des intellectuels comme aux combinaisons des journalistes.

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