mardi 16 septembre 2014

Les petites choses qui disent tout


Avez-vous remarqué, comme moi, que les rares militaires que l’on croise encore en uniforme dans les transports publics semblent avoir égaré leur couvre-chef ? Pas de képi, pas de casquette… Envolés ? Non, non : soigneusement dissimulés. L’objet du délit -car c’en est un au regard du règlement militaire- se trouve généralement remisé dans un informe sac-à-dos -non point d’ailleurs un sac-à-dos militaire, mais un sac-à-dos civil, sac-à-dos de sport, sac-à-dos de supermarché. C’est là une deuxième infraction à la discipline militaire, puisque le mélange des effets militaires et des effets civils est strictement interdit. Pourquoi? Mais il suffit d'ouvrir les yeux : parce qu'un tel mélange sent la vadrouille et pue la déroute. Sans avoir lu le règlement, n'importe quel citoyen doté d'une certaine sensibilité aux formes peut s'en rendre compte.
Comment interpréter ce comportement ?
Il faudrait commencer par commenter la raréfaction des militaires en uniforme, mais elle relève de la même logique, évidemment. La réponse est très simple : la plupart des militaires ne sont plus capables de porter fièrement leur uniforme, et ceux qui se trouvent contraints par les circonstances de le porter sur la voie publique n’ont pas le front d’assumer la partie la plus visible de leur tenue, à savoir leur couvre-chef. Essayons de nous mettre dans la peau de ces militaires d’un nouveau genre. Ils ne sont plus capables d’assumer devant leurs propres concitoyens le fait qu’ils sont des militaires de carrière, arborant les insignes de leur corps d’appartenance. Creusons un peu : pourquoi ne sont-ils plus capables de porter fièrement les marques de leur fonction ?  Ont-ils honte ? Ont-ils à ce point intériorisé l’idéologie libertaire qu’ils seraient incapables de justifier leur état ? Sont-ils si peu assurés dans l’existence ? Il y a peut-être un peu de cela, au moins pour certains. La même analyse vaut pour la grande disparition des prêtres en soutane dans les années 70. La soutane, cette "prédication muette" disait aux passants :  "Faites pénitence, Dieu vous voit, convertissez-vous." L'animateur social en anorak violacé ne dit rien à personne. Le képi, c'était pareil ; il disait "Honneur-Patrie-Valeur-Discipline". Quelle horreur ! La tenue du militaire dépenaillé dit exactement le contraire.
Mais, vous commencez à me connaître, je ne vais pas en rester là. Je vais vous dire qu’il y a autre chose, qu'il y a bien pire. Le motif le plus probable du comportement des militaires à la tête nue me semble être la peur. La peur d’être pris à partie, houspillé, bousculé. Pour éviter cela, il faut commencer par se rendre le moins visible qu'on peut, comme le lapin dans le fossé. Il faut aussi éviter de porter sur la tête l’objet que les agresseurs enverraient voler en premier. Je n’ai guère de doute sur l’hypothèse que je formule, et pour une raison simple : je serais le premier à me planquer comme une belette si j'étais à leur place ! Je ne donne pas ici des leçon de courage. J'observe une évolution de la société française. La France en est au point où les hommes qui ont pour vocation d’exercer le monopole de la violence légitime, les membres de la force armée n’osent plus sortir tout seuls dans le métro, tenaillés qu’ils sont par la peur. Il est évidemment idiot pour un soldat seul et sans arme d'aller parader dans un zone de guerre. Mais partout ailleurs, en particulier dans son propre pays, il est conforme à l'honneur de porter beau. Je me borne donc à souligner que les lieux publics de notre pays sont désormais considérés comme zone de guerre par la hiérarchie militaire. Et qu'il a été décidé en haut lieu de ne pas la mener, cette guerre. Elle est donc déjà perdue.

Voilà, voilà, petit moral en cette rentrée. La fois prochaine, je vous parlerai de la Police nationale : ça ne devrait pas nous remonter des masses. 



4 commentaires:

  1. N'y a-t-il pas eu après 68 une stratégie systématique des gauchistes consistant à insulter et agresser les militaires en tenue au moins dans la capitale ?

    N'y a-t-il pas eu alors des instructions formelles du ministre interdisant le port des tenues hors des casernes ?

    J'en ai entendu parler. Il faudrait le vérifier !

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. [mon précédent commentaire était le même que celui-ci, mais bourré de fautes, d'où la suppression]

    C'est bien possible. Je comprends d'ailleurs très bien le point de vue des militaires qui sont dans le métro. Mais du point de vue général, et du point de vue des chefs, c'est un aveu terrible sur la situation du pays. D'autant que toute reculade en appelle une autre, je le crains. Et puis, des officiers sans képi en plein 7ème et 8ème arrondissement, comme on en voit tous les jours, c'est lamentable, je le maintiens.
    Cela dit, pour être franc, j'ai même des doutes sur l'hostilité réelle qu'ils rencontreraient à Barbès, par exemple. Je trouve qu'on se déconsidère moins à être houspillé une fois sur mille plutôt qu'à renoncer a priori mille fois sur mille. C'est un peu comme la messe anticipée du samedi soir. Une fois qu'on a concédé ça, l'épiscopat est mal placé pour lutter contre le travail le dimanche. Il me semble défendable ne ne jamais faire de concession sur les symboles. Tout part ensuite en quenouille. C'est comme un accroc dans un tissu. F.B.


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