lundi 6 octobre 2014

idiot.com



Plus une société, un processus, une organisation sont complexes et, en ce sens, intelligents, plus les éléments qui le constituent sont simples et dépourvus d'intelligence. Cela permet de comprendre l'impression étrange que l'on éprouve en contemplant notre société : elle est à la fois admirable par son efficacité (il suffit de songer au système économique, financier, logistique quasi-miraculeux qui permet à chacun de trouver des supermarchés bien garnis tous les jours de l'année) et composée d'individus de plus en plus rudimentaires, dépendants, incapables de réaliser par eux-mêmes quoi que ce soit. L'intelligence collective semble exister en raison inverse de l'intelligence individuelle. Il est clair que la société artisanale était peuplée d'hommes infiniment plus intelligents que la société intelligente, où les hommes sont de plus en plus bêtes. C'est un effet immanquable, dirait-on, de l'extrême division du travail. C'est comme dans une machine : plus elle est complexe, efficiente, plus les pièces individuelles sont simples, interchangeables, facilement remplaçables, formatées, produites en série. Ainsi sont les membres de la "société de la connaissance" : dotés de compétences millimétriques, extrêmement restreintes, si spécialisées qu'elles confinent à presque rien. Un peu à la manière des neurones dans un cerveau : ce dernier fait des choses très compliquées, mais chaque neurone est un simple connecteur et émetteur d'impulsions électriques. Notre société étant en train de devenir un ordinateur géant, ses membres deviennent des puces binaires. On remarquera au passage que l'idéologie contemporaine (celle qui dégouline en permanence de la commission européenne, par exemple) joue de ce paradoxe : elle passe son temps à nous expliquer que les membres de la "société de la connaissance"  sont de plus en plus intelligents. C'est évidemment faux, mais à la faveur d'un simple sophisme de composition (un gros paquet de neurones est intelligent, donc un neurone est intelligent), ça passe comme une lettre à la poste (voire mieux). Un neurone pris tout seul est beaucoup plus bête qu'un escargot. Cela dit, la fonction de l'idéologie est précisément celle-ci : mystifier les consciences, leur donner une vision flatteuse de leur situation. C'est ainsi qu'on voit des foules de zombies, casque sur les oreilles, cerveau liquéfié, passant d'un écran à l'autre, sans jamais rien faire de plus compliqué qu'appuyer sur des boutons et réciter des phrases toutes faites, s'estimer infiniment plus éclairées que n'importe quel artisan ou paysan du passé. Ce n'est pas seulement vanité. C'est qu'on leur a doré la pilule.
Mais qui pilote un tel processus? Qui met au point le système ?
Une infime minorité de demi-dieux ?
Oui.

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