mercredi 15 octobre 2014

Le chrétien a-t-il le droit de se battre ?





Voyons ce qu'en dit le docteur angélique, docteur commun de l'Eglise.
Pour ce faire, ouvrons la Somme théologique.
Nous trouvons la question suivante : «Un ordre religieux peut-il avoir pour but de faire la guerre ?» (II-II 188, 3)

Voici la première objection : « La religion en général recherche la perfection. Or, la perfection de la vie chrétienne n’est pas sans rapport avec ce que dit le Seigneur en Matthieu, 5, 39 : ‘Et moi je vous dis de ne pas résister au mal : si quelqu’un te frappe une joue, tends-lui la deuxième.’ Voilà qui est contraire au devoir militaire. La religion ne saurait donc être instituée pour la vie militaire. »

C'est effectivement ce qui vient d'abord à l'esprit.

Mais voici ce que Saint Thomas d'Aquin répond : « Il y a deux façons de ne pas résister au mal. La première, c’est de pardonner l’injustice que l’on a subie soi-même. Et cela peut relever de la perfection, quand agir ainsi est utile au salut des autres. L’autre manière de ne pas résister au mal, c’est de tolérer les injustices commises envers autrui. Voilà qui relève de l’imperfection, et même du vice, s’il est possible de résister de manière convenable à celui qui commet ces injustices. C’est pourquoi Ambroise, dans le livre des Devoirs écrit : ‘Le courage qui protège la patrie des barbares en leur faisant la guerre, ou qui défend les faibles de la maison, ou bien protège les concitoyens des brigands, ce courage est la justice même !’ De même, quand le Seigneur dit en Luc, 6, 30 : ‘Les choses qui sont à toi, ne les réclame pas [quand on te les a prises]’, il faut bien comprendre que lorsqu’il s’agit des affaires d’autrui, il en va différemment : celui qui ne les défendrait pas commettrait un péché. Il est louable en effet de donner son propre bien, mais pas de livrer celui des autres. Et encore moins de négliger ce qui appartient à Dieu. Saint Jean Chrysostome écrit ainsi : ‘feindre d’ignorer les injustices commises envers Dieu, c’est la dernière des impiétés.’ »

On ne peut lire ce texte sans être vaincu par sa profondeur et sa simplicité. Tout est dit contre les hérésies sublimes du christianisme « anti-social ». La miséricorde et la soumission évangéliques ne sauraient s’exercer au détriment de la justice ; ne pas résister au mal est l’affaire de chacun, pour ce qui le regarde, dans sa relation de face à face asymétrique avec autrui. Mais dès que survient un tiers, dès qu’une responsabilité pour autrui s’impose, les conseils du Christ ne sauraient fournir le prétexte à l’inaction. Il existe une ruse du diable, qui consiste à s’autoriser des conseils évangéliques pour manquer à son devoir de justice, s’exonérer des commandements de Dieu, et abandonner son prochain aux griffes des méchants. Saint Thomas fait justice de toutes ces ruses et pose ici les fondements d’un ordre social chrétien. Un tel texte doit être opposé aux chrétiens de gauche, qui confondent la charité avec la niaiserie et aux maurrassiens, s’il en reste, qui font la même confusion.



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