mardi 7 avril 2015

Dites-moi que je vais me réveiller



Imaginez. Vous êtes à l’Opéra. Le rideau se lève. Le corps de ballet arrive sur scène. Stupeur. Vous vous frottez les yeux, retournez le programme en tous sens. Mais que se passe-t-il ? Incapables de marcher sur leurs pointes, les danseuses trébuchent tous les trois pas. Boudinées dans leur tutu, elles ont la grâce d’un troupeau d’éléphants de mer. Les danseurs ont de la bedaine et ne savent pas quoi faire de leurs bras. En dépit de tout, sans désemparer, ils commencent à exécuter le Lac des Cygnes. La scène est atroce. On dirait un dessin de Dubout. Mais parmi les spectateurs, personne ne bronche. Bizarrement, les ouvreuses dans la salle sont toutes très belles, filiformes et distinguées. La chose est trop claire : le corps de ballet a été remplacé par le petit personnel : on aperçoit même les trois pompiers de service qui sautillent en agitant leurs bras poilus. Heureusement, vous vous réveillez. C’était un cauchemar. Pour vous remettre, vous allumez la télévision. A l’écran, le banc du Gouvernement. C’est bien l’Assemblée nationale. On reconnaît le velours, les colonnes et les dorures. Mais il y a un problème. La Garde des sceaux fait des fautes de français, le Premier Ministre s’exprime comme un marchand d’aspirateurs, le propos du Ministre de l’Education nationale paraît emprunté à fanzine de lycéens. Mais que se passe-t-il ? Il faut se rendre à l’évidence : on a remplacé les élites naturelles du pays par une cohorte d’histrions incultes. Comment expliquer qu’en quarante ans, Maurice Druon, Jean Foyer, Pierre Messmer, Alain Peyrefitte, Pompidou aient été remplacés par Rachida Dati, Taubira, Morin, Kouchner, Ayrault ou Valls ? Que s’est-il passé ? Qu’avons-nous fait pour mériter ça ?

Et cette fois-ci, rien à faire. Vous ne rêvez pas.




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