mardi 29 septembre 2015

Le Salafisme brestois, la Musique et Mammon

Brestois en costume traditionnel

Pour toute personne qui veut garder la raison, notre monde est évidemment une épreuve. Mais il ne faut pas se décourager, et toujours tenter de comprendre ce qui arrive. Cela n’efface pas le mal, mais cela permet au moins de ne pas devenir fou. Prenons un exemple. Le Brestois le plus célèbre, pour ne pas dire le finistérien le plus en pointe, c’est… c’est… ? L’imam de Brest, bien sûr ! Rachid Abou Houdeyfa, star du net islamique, directeur du centre culturel AlWassat du quartier de Pontanézen. Le seul fait qu’un Marocain wahhabite, vêtu comme un bédouin du Moyen-Âge, puisse être décrit par les journaux comme un « Français », et encore mieux comme un « Breton », sous prétexte qu’il est né à Brest en 1980, voilà qui indique d’emblée à quel niveau d’absurdité nous sommes parvenus. Imaginez que je sois né à Riyad en 1980 de parents auvergnats et que j’y sois établi comme professeur de bourrée auvergnate, me déplaçant en costume traditionnel et parlant le patois de Clermont-Ferrand… Trouveriez-vous normal qu’on me considère comme « Arabe Saoudien » ? Il me semble que même le plus enragé des ministres socialistes serait pris d’un doute. Mais en France, l’idéologie révolutionnaire en a décidé autrement. Ce qui est grotesque ailleurs est du dernier bien chez nous. Passons, car ce n’est pas là que je veux en venir. Voici que ce brave imam breton, qui jusqu’ici prêchait tranquillement devant ses dizaines de milliers de fidèles (grâce à internet), se trouve depuis quelques jours mis en cause par la presse. Pourquoi donc ?

Pour quel motif l’oligarchie médiatique est-elle sortie de sa douce torpeur islamophile ? Quelle horreur l’imam a-t-il donc proférée ? Comme on sait, l’opinion dominante en France est bonne fille puisque le ministre de l’Intérieur lui-même considère que « prôner le djihad n’est pas un délit » (ce qui est faux, d’ailleurs, Cf. article 222-17 du Code pénal). Il faut donc que notre p’tit zèf en djellaba ait poussé le bouchon vraiment loin…

Eh bien, accrochez-vous, voici l'objet du délit : l'imam a critiqué « la musique ». Dans un prêche devant des enfants du quartier immigré de Brest, il a en effet rappelé la position du Prophète -paix et bénédiction sur lui- concernant les instruments de musique et les voix féminines : ceux qui s’y adonnent seront « engloutis sous la terre, et ils se transformeront en singes ou en porcs » [1]. L'imam recommande donc de s'en tenir aux chants religieux traditionnels. Certes, le Prophète -béni soit-il- n’y va pas avec le dos de la cuillère en matière d’image, mais on ne voit pas bien ce qu’il y a de répréhensible là-dedans. On trouve dans le Coran (et les hadiths) des choses autrement plus salées, qui n’ont jamais porté aucun membre de l’oligarchie médiatique à émettre la moindre réserve sur le fait que ce genre d'ouvrages soient en vente libre.

Mais j’irai plus loin : il me semble qu’en l’espèce l’imam n’a pas tout à fait tort de mettre en garde ses jeunes auditeurs contre « la musique » : il est bien évident, en effet, que la « musique » dont veut parler l’imam Houdeyfa est celle qu’écoute massivement la jeunesse contemporaine : à savoir la pop music et plus sûrement encore le rap. Les jeunes gens ont-il seulement l'idée qu'il puisse exister autre chose ? Or, ce que l'on appelle aujourd'hui « musique » a des effets très puissants sur le psychisme et le comportement humains : réduction de l’attention et de la concentration, pilonnage des facultés discursives, appauvrissement et brutalisation de l’imaginaire (sexe et fric), éviction des activités spirituelles au profit d’un divertissement passif, addiction à la stimulation sonore rythmique binaire, pauvreté esthétique, etc. L’islam, comme toutes les  traditions fournissant une loi régulant l’ensemble de la vie, a l’immense mérite de mettre en discussion l’influence de la musique sur l’âme humaine. Ce sujet –auquel les philosophes de l’Antiquité étaient très sensibles (Platon y consacre un livre entier de la République)- a totalement disparu des centres d’intérêt des politologues. C’est pourtant capital. Et ça l’est d’autant plus que nos sociétés sont littéralement envahies par le bruit musical. La musique est devenue le loisir numéro 1 de la jeunesse. Les lieux publics en sont assiégés. Réfléchir à ce phénomène civilisationnel majeur nous semble être la moindre des choses. L’imam de Brest, comme tous les imans, ne peut le faire qu’à la façon islamique, c’est-à-dire sans entrer dans les raisons, en se bornant à rapporter une interdiction pure et simple des musiques instrumentales, assortie d’anathèmes imagés. Mais il soulève une question capitale. Et il est certain que sur ce point, son conseil est positif pour la jeunesse  qui l’écoute : débrancher les casques, virer les écouteurs, faire taire le dégueulis permanent du rap, c’est sûrement une excellente chose à faire pour ne pas devenir, au sens moral, un « singe » ni un « porc ». C’est repousser l’industrie de l’hébétude. Faire reculer l’emprise des divertissements décérébrants sur l’esprit humain.

Et vous savez quoi ? C’est précisément pour cette raison que l’oligarchie médiatique est tombée sur le râble de l’imam Houdeyfa. Que la France disparaisse peu à peu, que des étrangers habillés en bédouins déambulent dans nos rues, accompagnés de leurs fatmas bâchées comme de vieille caravanes, que l’apprentissage de la civilisation islamique soit obligatoire dans les écoles et que la civilisation chrétienne y soit facultative, que les crèches soient interdites dans les lieux publics mais qu’on entende le chant du muezzin dans le bocage normand, tout cela ne gêne pas l’oligarchie médiatique. Tout cela la réjouit même au dernier point. Mais qu’on remette en cause l’industrie du divertissement, que l’on critique l’abrutissoir général, que l’on s’attaque, si peu que ce soit, à EMI, Sony, Time Warner, Universal et autres malfaisants dont les noms sont légions, voilà qui est intolérable. L’Argent-Roi, le Grand Abrutisseur, le Grand Baal-Mammon occidental, est le meilleur allié de l’Islam en Occident.

Mais il entend bien rester son Maître.

Qu’on se le dise !




[1] Ce jugement est tiré du hadith que voici  : d'après Abou Malik Al Ach'ari (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et son salut soient sur lui) a dit: « Il y aura des gens de ma communauté qui vont boire du vin et l'appelleront par un autre nom, il y aura des instruments de musique et des chanteuses qui vont chanter pour eux. Allah va les ensevelir dans la terre et va faire d'eux des singes et des porcs ». Rapporté par Ibn Maja dans ses Sounan n°4020 et authentifié par cheikh Albani dans sa correction de Sounan Ibn Maja.



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