vendredi 25 septembre 2015

Marion et l'Eglise


Retour sur un petit événement estival plein d’enseignements. Résumons. Début septembre, l’évêque de Fréjus a invité Marion-Maréchal Le Pen à participer à un colloque de réflexion politique. Toute la sphère médiatique a aussitôt condamné une telle « compromission d’un responsable de l’Eglise avec les idées du Front National ». Une partie même de l’épiscopat s’est tortillée, soutenant  le confrère méridional comme la corde soutient le pendu. « Nous sommes favorables à la liberté d’expression, mais effectivement, les idées du Front National ne sont pas compatibles avec la doctrine chrétienne. » Ah oui ? Lesquelles ?
En matière de morale sociale, la doctrine catholique comporte un certain nombre de points que Rome estime « non négociables », puisqu’ils concernent la vie, la mort et la nature même de l’être humain[1] :

1. la protection de la vie innocente à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle;

2. la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d'union radicalement différentes;

3. la protection du droit des parents d'éduquer leurs enfants.

Or, il se trouve non seulement que Marion Maréchal-Le Pen est en parfait accord avec ces trois principes non négociables mais qu’elle est à peu près la seule sur l’ensemble de l’échiquier politique. Quant au Front National en tant que tel, sans être aussi clair que Marion Maréchal sur l’ensemble de ces points, on peut dire qu’il est, de tous les partis actuellement existants, le moins éloigné de ces trois positions : il est critique de l’avortement (sans prôner son interdiction, il souhaiterait sa restriction) ; il est hostile au mariage homosexuel et souhaiterait abroger la loi Taubira (il est le seul dans ce cas) ; enfin, il a toujours été très favorable à l’école libre, même s’il se fait désormais moins entendre sur ce sujet. Il est en tout cas notoirement proche du milieu des écoles catholiques hors contrat.
La situation est donc la suivante : la seule personnalité politique qui défende publiquement les positions catholiques non négociables est considérée par la sphère médiatique et par une partie de l’épiscopat français comme absolument infréquentable. Et précisément au motif de son « incompatibilité avec le christianisme ». Sommes-nous chez les fous ?

Le système médiatique a une réponse : Marion Maréchal est certes favorable aux principes non négociables, mais elle est aussi favorable à d’autres mesures, qui seraient absolument contraires à la doctrine chrétienne. L’objection, en toute logique, est recevable.  Mais alors, de quelles mesures s'agit-il ?

La peine de mort ? Pas vraiment. Le FN n’y est plus unanimement favorable, c’est une question qui divise ses chefs actuels. Quant à Marion Maréchal, elle ne s’est jamais exprimée sur la question. Mais de toute façon, cette objection est absurde, puisque la peine de mort n’est pas considérée comme illégitime par la doctrine sociale de l’Eglise. Que les distraits lisent le catéchisme (§ 2267) ! L’Eglise a toujours défendu la vie des innocents, mais elle n’a jamais nié la nécessité pour la société de se défendre contre les coupables. L’idéologie dominante fait exactement le contraire : elle prône la suppression des innocents et se fait gloire de protéger les coupables. La miséricorde n’exclut pas la punition. Si la peine de mort était interdite par l’Eglise, elle ferait évidemment partie des points non négociables ; ce qui n’est pas le cas.

Mais alors, quoi ?

L’immigration bien sûr ! Marion Maréchal, comme le FN, sont favorables à l’arrêt immédiat de l’immigration massive. Or, il est proclamé par tous les cercles dirigeants que cette position est contraire à la charité chrétienne. Une telle affirmation est complètement absurde. Mais il faut reconnaître qu’elle fait son effet. Il s’agit d’une arme d’intimidation très efficace, qui se trouve au cœur de la manipulation des esprits en Europe depuis quarante ans. Les partisans de l’immigration massive, qu’ils soient libéraux ou libertaires (ce qui, concrètement, revient au même[2]) ont réussi à convaincre de très nombreux chrétiens que le christianisme c’est l’accueil de l’autre, et que l’accueil de l’autre, c’est l’immigration massive. Tout chrétien hostile à l’immigration est ainsi censé se trouver en contradiction avec lui-même. Face à un tel argument, on attend de lui qu’il batte en retraite, et tout penaud, baisse la tête en présentant ses excuses. Il importe au contraire de relever la tête et de dire ceci : la charité commande à tout chrétien de venir si possible en aide aux malheureux qu’il rencontre sur son chemin, à la manière du bon Samaritain.[3] Il lui incombe aussi de ne pas haïr l’étranger quand il le rencontre chez lui. Mais tout cela n’implique nullement qu’il faille désirer l’invasion de son propre pays par des populations étrangères, ni encore moins vouloir le remplacement de son propre peuple par un autre. Mieux que cela : la charité bien ordonnée (car il y a un ordre dans la charité[4]) impose à tout chef d’une collectivité humaine de veiller en priorité au bien commun de la collectivité dont il a la charge. Irait-on reprocher à une mère de famille de nourrir ses enfants avant de penser aux enfants du voisin ? Irait-on reprocher à un père de famille de ne pas laisser entrer 50 personnes chez lui, au motif qu’il se comporterait de manière « contraire à la charité » ? Non, évidemment. C’est le contraire qui est vrai : un père de famille de ce genre ne serait pas charitable, mais parfaitement irresponsable. Mettre en danger les personnes dont on a la responsabilité au nom d’une charité mal ordonnée, c’est allier la bêtise à la forfaiture. Au bout d’une heure, il n’y aurait plus à manger pour qui que ce soit. De même, si un capitaine de canot de sauvetage laissait monter à bord les gens sans aucune limite, que devrait-on dire ? Qu’il est charitable ? Non, on dirait qu’il est fou. Qu’il est criminel. Ce qui est évident au niveau d’une famille ou d’un canot de sauvetage est également vrai au niveau d’une Nation : si les hommes, considérés comme particuliers, on le devoir de se montrer charitables envers leurs prochains, les responsables politiques ont pour premier devoir de veiller au bien commun des collectivités dont ils ont la charge. De surcroît, les nations ne sont pas des agrégats d’individus assemblés par hasard ; elles ont une identité culturelle, des racines, des traditions, des langues, auxquelles elles ont parfaitement le droit d’être attachées. Enfin, s’il doit exister une charité entre les Etats ou entre les peuples en tant que tels, elle ne saurait logiquement consister à transvaser un peuple dans un autre, mais bien plutôt à permettre aux différents peuples de vivre heureux et autonomes, sur leur terre. Il faut, sur ce point, concevoir la charité entre les peuples sur le même mode que la charité entre individus : aimer quelqu’un, que ce soit un individu ou un peuple, ce n’est pas l’absorber ni se haïr soi-même. C'est promouvoir sa libre existence. 

De ces quelques rappels de bon sens, il découle que la charité chrétienne ne commande en aucune façon de consentir sans condition à l’immigration massive de peuplement. Tout ce que nous venons d'écrire est parfaitement conforme à la doctrine sociale de l’Eglise. Ainsi parlait Benoît XVI, citant Saint Jean-Paul II : « Les Etats ont le droit de réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières, en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine. En outre, les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale. Il faudra alors concilier l'accueil qui est dû à tous les êtres humains, spécialement aux indigents, avec l'évaluation des conditions indispensables à une vie digne et pacifique pour les habitants originaires du pays et pour ceux qui viennent les rejoindre »[5] On lira aussi le catéchisme : « Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques. »[6]

L’immigration est ainsi suspendue à diverses conditions, dont la plus importante est le bien commun de la population d’accueil (sans parler de son consentement !). Il est clair que dans un pays comme la France, qui compte cinq millions de chômeurs, 2000 milliards de dettes, des systèmes sociaux totalement thrombosés, 80% d’étrangers ou de descendants d’immigrés dans les prisons, où l’on déplore déjà une véritable sécession de pans entiers du territoire (750 « zones de non-droit »), des tensions communautaires croissantes et une montée de l’islam radical, il est suicidaire de ne pas restreindre l’immigration en provenance du continent africain. Rassembler les conditions d’une guerre civile n’a rien d’une démarche charitable. La charité, de la part des responsables politiques français, consisterait donc plutôt, du point de vue même de la doctrine sociale de l’Eglise, à fermer les frontières à l’immigration de peuplement africaine, à mener une politique étrangère favorable à la stabilité politique des pays d’émigration et à promouvoir l’assimilation des immigrés déjà présents sur notre sol, fût-elle fort coûteuse.

C’est exactement ce que prône Marion Maréchal Le Pen. Et c'est exactement le contraire de ce que font nos dirigeants actuels, qui ouvrent nos frontières à tous les vents, déstabilisent les pays d'émigration et refusent obstinément toute politique d'assimilation.

Il faut donc se rendre à l'évidence : l’oligarchie médiatique, suivie par une part non négligeable de l’épiscopat, condamne comme « contraire au christianisme », la seule personnalité politique d'envergure dont on puisse dire qu’elle soutient, sur l’ensemble des sujets majeurs, y compris l’immigration, des positions conformes à la doctrine sociale de l’Eglise.

Que peut-on conclure de cette situation ahurissante ?

Ceci :

1. L’oligarchie politico-médiatique, qui conchie l’Eglise catholique à toute occasion, utilise avec cynisme « l’argument de la charité » quand elle espère intimider les Français qui se sentent encore vaguement chrétiens.

2. Une partie importante de l’épiscopat a carrément abandonné la doctrine chrétienne, au profit de la doctrine de l’oligarchie libérale-libertaire, repeinte aux couleurs de l’humanitarisme pseudo-chrétien. Ce faisant, elle est l’idiot utile de Mammon et de l’Islamisme.

3. Une partie importante de l’épiscopat préfère s’engager pour soutenir l’immigration de peuplement plutôt que de s’engager contre l’avortement massif (250.000 avortements par an en France contre 250.000 titres de séjours délivrés).

4. L’oligarchie libérale-libertaire prône la charité aux Français, tandis qu’elle contribue à dégrader continûment leurs conditions de vie, sans subir elle-même les conséquences négatives de sa politique. Elle a été parfaitement décrite par Jean-Jacques Rousseau : « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres les devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. » [7]



Français, chrétiens, tirez les conclusions vous-mêmes !







[1] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, Novembre 2002, pp. 9-10 (Cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, §570)  
[2] Les libéraux veulent l’immigration et la suppression des frontières parce que c’est bon pour la rentabilité du capital (baisse des coûts salariaux, suppression des barrières tarifaires, destruction du mouvement ouvrier etc.) ; les libertaires veulent la même chose parce que cela accélère la disparition des nations européennes, coupables d’avoir donné au monde la civilisation chrétienne. Le libéral idolâtre Mammon, le libertaire idolâtre l’Homme. Dans les « démocraties » européennes, on appelle le parti libéral « la Droite » et le parti libertaire « La Gauche ». Ils forment les deux pistons du moteur de la Modernité : on comprend alors l’importance et le sens véritable de l’alternance Droite/Gauche. Les deux nous emmènent au même endroit : en enfer.
[3] Luc 10, 25-37
[4] Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique IIa-IIae, q. 26 a. 7-8
[5] Benoît XVI, Message pour la journée mondiale des migrants et des réfugiés, 2011
[6] Catéchisme de l’Eglise catholique § 2241
[7] Emile, livre 1 [1762]

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