jeudi 24 mars 2016

Enigme


Une autre question m’est venue en lisant le récit de l’agonie du roi. Que pouvaient bien penser les médecins à l’époque où la médecine n’existait pas ? Assurément, ils connaissaient quelques remèdes de bonne femme probablement efficaces pour de petits maux ; ils avaient peut-être –admettons- des idées sur les régimes alimentaires les plus favorables à une bonne digestion. Bref, quelques leçons tirées de l’expérience. Mais face à la maladie proprement dite, face aux virus, face aux infections, sans parler de maux plus graves, ils n’avaient à peu près rien. Et pourtant, les valets racontent qu’après avoir examiné doctement la gangrène du roi (par ordre décroissant d’ancienneté), les médecins se retiraient « pour conférer ». Et que cela pouvait durer une heure ! Mais que pouvaient-ils bien se raconter ? De quoi, concrètement pouvaient-ils bien parler ? Faisaient-ils semblant de réfléchir pour ne pas perdre la face, ou pour donner à tous l’impression qu’ils ne ménageaient pas leurs efforts ? Ou bien théorisaient-ils vraiment à partir du peu de connaissances dont ils disposaient et des idées fausses qu’ils se faisaient sur la maladie du patient ? En quoi pouvait bien consister une conférence médicale autour d’un cas de gangrène, d’où l’on ressortait, au bout d’une heure, en concluant qu’il fallait reconduire l’ordonnance donnée la veille, à savoir « boire du lait d’ânesse » ? Quel pouvait bien être le circuit rationnel de ces infortunés médecins ? Quel raisonnement suivaient-ils?
Il ne doit pas être drôle tous les jours de pratiquer une science qui n’existe pas encore.


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