mardi 22 mars 2016

La mort du Roi...et la nôtre



J’ai lu l’autre jour le récit, par ses deux valets, de l’agonie de Louis XIV. On mesure à lire ce texte la nature exacte de ce qui distingue notre époque de celle du Roi-Soleil. En peu de mots : la différence essentielle est que nous sommes devenus des barbares, mais que nous sommes bien soignés. Notre époque est comme un hôpital ultramoderne, peuplé d’hommes de Cro-Magnon, au milieu des ruines de la culture. A la lecture, l’homme moderne occidental, qui a encore une petite idée de ce qu’était la civilisation, est nécessairement agité de sentiments contradictoires : d’un côté, il se réjouit de vivre à notre époque, où une boîte d’antibiotiques suffirait à soigner le mal du roi ; de l’autre, il est confondu par la supériorité écrasante et générale du XVIIème siècle : élévation des sentiments, piété, délicatesse de l’expression, hauteur de vue, beauté de la langue ; il faut imaginer aussi la splendeur des lieux où se déroule cette agonie poignante. A-t-on idée de spectacle plus grandiose qu’un coucher de soleil sur les façades mordorées du château de Versailles ? Tout se passe comme si la somme immense d’intelligence et de sensibilité qui avait été investie dans l’Art et la Pensée, les mœurs et la conversation humaines, la spiritualité et l’agrément des manières s’était trouvée aspirée par la Modernité et projetée dans le développement de la seule technique. Nous nous retrouvons donc capables de vivre beaucoup plus longtemps, mais dans un monde qui n’offre plus rien qui vaille vraiment de vivre. Car entretemps, la civilisation proprement humaine a disparu.


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