vendredi 6 mai 2016

Complotisme (suite)



Quelques réflexions supplémentaires sur le délit de complotisme. Il est parfaitement logique que le régime politique dans lequel nous vivons soit particulièrement mobilisé contre les délits intellectuels. Ce régime présente, en effet, deux caractéristique majeures : premièrement, il n’est pas démocratique ; deuxièmement, il ne cesse de dire qu’il l’est. Autrement dit, le mensonge lui est consubstantiel. Comme nous sommes censés vivre dans la transparence démocratique, il va de soi que toute remise en cause des gouvernements légaux par le peuple ne peut être traitée par eux que comme une maladie, une pathologie mentale, une forme de folie furieuse.  « Arrêtez vos délires complotistes, nous sommes en démocratie ! »
Par ailleurs, il est évident qu’une proportion non négligeable de la population a conscience de ce que le régime n’est pas démocratique : il est assez flagrant désormais que les décisions structurantes pour la vie des nations sont prises non seulement sans mais contre leur avis ; les abandons de souveraineté, les traités commerciaux, les accords sur les mouvements de populations, les déclarations de guerre -tout cela est négocié et conclu sans l’aval des populations. Il est donc naturel que les gens dont le cerveau fonctionne soient à la recherche d’explication sur les motivations du pouvoir, et même sur son identité exacte. Car il est impossible de croire ce que disent les politiciens, qui oscillent entre deux discours, selon leur position dans le système : premier discours, « nous agissons de manière démocratique, puisque nous avons été élus » (position-type de l’élite locale, par exemple le ministre français lambda). Deuxième discours, quand l’autre paraît trop intenable, « nous agissons pour le bien du peuple, même s’il ne le comprend pas. » (position-type de l’élite européenne non-élue, par exemple le président de la Commission européenne).
N’importe quel observateur attentif se rend bien compte que tout cela est faux : ni le principe démocratique de représentation  –sans cesse bafoué- ni le bien du peuple – dont on a peine à croire qu’il puisse s’écarter à ce point de ce que le peuple juge bon pour lui- ne guide les politiciens. L’enquête rationnelle sur le pouvoir contemporain tient donc tout entière dans cette question : qui dirige et dans quel but ? La réponse est nécessairement de la forme suivante : « Vous croyez que c’est X (le peuple) qui dirige, mais en fait c’est Y ; on vous dit que c’est dans le but de faire A, mais en fait c’est dans le but de faire B. » Je m'empresse de dire que le Y, n'est pas forcément une personne, ni même un groupe organisé, mais peut fort bien être une structure impersonnelle, résultante de diverses influences non coordonnées. De même le but peut fort bien n'avoir été que partiellement délibéré. Tout dépend des sujets. Voilà en tout cas pourquoi le "complotisme" se confond avec l’enquête rationnelle sur les ressorts de la politique post-démocratique contemporaine. Toute personne qui réfléchit à la politique contemporaine est structurellement "complotiste", puisqu'elle cherche à éclaircir les motivations, et les causes animatrices, d'un pouvoir menteur, et parfois totalement impuissant.

De là à dire qu'elle se confond avec les gens qui croient que la Terre est plate, que le World Trade Center a été attaqué par des hologrammes et que la CIA nous a caché la venue des petits hommes verts, il y a un abîme.

Que nos maîtres ont tout intérêt à franchir.



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