vendredi 6 mai 2016

Complotiste !




Vous avez remarqué ?

L’oligarchie occidentale a créé toutes sortes de noms d’oiseaux pour discréditer la dissidence. Si vous n’êtes pas d’accord avec les orientations fondamentales des politiques publiques, vous êtes un « populiste », un « rouge-brun », un « néo-réactionnaire », un « propagateurs d’idées nauséabondes ». Avec leurs gros sabots, toutes ces appellations veulent dire : « suivez mon regard ».

Vers quoi ? Vers le nazisme pardi ! C’est la bonne vieille technique du Komintern visant à traiter de fasciste n’importe quel adversaire (on se souvient des fameux « trotsko-fascistes »). Nous en sommes au point où le simple fait de recommander l’organisation de référendums, c’est-à-dire de consultations populaires pour prendre les grandes décisions, est ouvertement considéré par la Groβ Presse comme un « marqueur populiste ».

Bref, la démocratie, qui a été extirpée d’Europe par l’Union européenne, est en passe d’être explicitement assimilée au nazisme. Après tout, pourquoi se gêner ? Je n’exagère pas d’un iota (voyez par exemple ceci). Mais j’en viens à l’incrimination la plus récente et la plus intéressante : le complotisme. Ici, nous touchons au grandiose.

Si vous émettez un doute sur la version officielle d’un événement important, si vous soupçonnez une collusion d’intérêts particuliers derrière une décision prise au nom de l’intérêt général, si vous pointez la responsabilité d’officines minoritaires dans l’engagement de certaines politiques publiques, bref, si vous proposez des explications alternatives aux justifications avancées par le pouvoir en place, vous tomberez rapidement, et même instantanément, sous le coup du délit de « complotisme ». Et qu’est-ce que le complotisme ? Là aussi, suivez le regard du procureur.

Complotisme = Croyance en la conspiration universelle
= Croyance en l'authenticité du Protocole des sages de Sion
= Antisémitisme
= Nazisme


Vous y êtes. On peut dire désormais que si vous réfléchissez, vous êtes déjà suspect. Et pas suspect de n’importe quoi. Non, suspect du plus grave crime possible au sein du système de valeurs du régime global. Le dispositif est admirablement ficelé.

Tout remonte au « 11 septembre », qui fut la matrice de ce nouveau chef d’incrimination. Souvenez-vous : dès que les premiers doutes sur la version officielle de l’attentat du 11 septembre 2001 se sont fait entendre, la machine médiatique tout entière les a qualifiés de « négationnisme », les considérant en effet comme un avatar de la négation de l’existence ...des chambres à gaz. Mais quel rapport ? Sur le fond, sans doute aucun. Mais c’est une opinion infâmante et punie de prison ferme dans notre pays. Il est donc efficace, quand on veut faire taire quelqu’un, de lui expliquer que ses opinions sont « une forme » de négationnisme (voir par exemple ici, sous la plume de l'un des meilleurs chiens de garde de la presse française).

Le tarif a donc été fixé il y a quinze ans : toute personne remettant en doute la sincérité de l’administration américaine dans l’affaire du 11 septembre est néo-nazie. Les membres de l’oligarchie (politiciens, journalistes, acteurs, grands patrons) sont tous éminemment conscients de cette règle. Le peuple lui-même l’a intégrée : faites le test dans un dîner, vous verrez la maîtresse de maison se décomposer sur place. La ficelle est énorme, mais elle fonctionne. La plupart des gens sont non seulement terrorisés à l’idée d’émettre un doute quelque peu construit à l’égard d’une thèse officielle, mais un grand nombre s’est même désormais convaincu qu’il y a bel et bien quelque chose d’intellectuellement vulgaire, de vaguement psychopathologique, voire de franchement peccamineux, à croire que les élites dominantes puissent de temps à autres pratiquer le mensonge à grande échelle.

Vous pouvez donc jeter à la poubelle la République de Platon, la Politique d’Aristote, Le Prince de Machiavel, L’Idéologie allemande de Marx ! Tout cela ne vaut plus rien, puisque nous vivons désormais dans la démocratie transparente universelle. Plus besoin de se casser la tête, les puissants sont des bouches de vérité ; l’idéologie dominante et les discours officiels sont à tout moment et en toute circonstance le reflet sans tache de la réalité. Et si vous pensez le contraire, vous êtes un disciple d’Adolf Hitler.

Phénomène impressionnant, l’accusation de complotisme, mise en place peu après le 11 septembre, s’est ensuite répandue de manière systématique, s’appliquant à toute remise en doute des motifs officiellement avancées par l’OTAN pour justifier son action. Si, grosso modo, vous estimez que le régime irakien n’avait rien à voir avec l’attentat du 11 septembre, que la défense de la veuve et de l’orphelin (« la défense des Droits de l’Homme » dans la langue officielle) n’est sans doute pas la motivation essentielle de la destruction du régime Libyen, que le coup d’Etat en Ukraine a été organisé par la CIA pour affaiblir la Russie, que les Etats-Unis n’ont jamais combattu Daech, etc. vous tombez également sous le coup de « complotisme ». En d’autres termes, si vous pratiquez ce que l’on appelait autrefois la réflexion géopolitique réaliste, qui consiste à lire l’histoire du monde en faisant la part des discours justificateurs et des motifs réels, vous êtes un complotiste. Si vous croyez que les services secrets existent et qu’ils travaillent, si vous pensez qu’ils n’envoient pas un bristol aux gouvernements avant leurs opérations, bref, si vous n’avez pas définitivement débranché votre cerveau pour le faire vivre à Disneyland, vous êtes un complotiste.

Ecrivant tout cela, je ne veux évidemment pas dire que les dirigeants mentent toujours, que tout s’explique dans l’histoire du monde par des complots, ni, encore moins, qu’il existe un complot unique visant à dominer le monde intégralement.  Je veux dire qu’il a toujours existé des complots, des mensonges politiques, des opérations sous faux drapeaux, du billard diplomatique à trois bandes et que notre époque ne fait pas exception.[1] Il y a tout simplement deux erreurs : voir des complots partout et n’en voir nulle part.

Au demeurant, il ne faut pas prendre au sérieux le reproche que font les médias au complotisme quand ils le présentent comme une forme de pensée paranoïaque, qui relèverait de la psychiatrie. Car ce qui est reproché aux complotistes au sein de l’Empire américain n’est pas la forme de leur pensée, mais bien son contenu, à savoir l’hostilité à la politique impériale et la dénonciation de ses motifs véritables. L’accusation de complotisme est donc purement instrumentale, c’est de la simple intimidation. Observez en effet ceci : les dirigeants de l’OTAN eux-mêmes ne cessent de dénoncer des complots : N’y a-t-il pas un complot Sino-russo-irano-syrien contre la liberté du monde ? N’y a-t-il pas un « axe du Mal », redoutablement organisé, qui passe par Téhéran et Pyong-Yang ? N’y a-t-il pas un plan secret de Vladimir Poutine pour reconquérir les anciennes républiques soviétiques ?

Les choses sont donc assez claires. L’accusation de complotisme n’est rien d’autre qu’une forme de « Point Godwin » (voir ici pour ceux qui ne savent pas ce que c’est). Si l’on vous accuse de « complotisme », inutile d’argumenter. C’est tout simplement que vos opinions font de vous un dissident, un ennemi du système. Cela ne prouve pas qu’elles soient vraies. Seulement qu’il est hors de question d’en discuter. Passez donc votre chemin.


[1] Pour le passé, voici une petite liste de complots reconnus par l’administration américaine après déclassification des archives : coup d’Etat en Iran en 1953, organisé par la CIA (Opération Ajax) ; infiltration de la CIA dans les médias dans les années 60 (Opération Mockingbird) ; projet d’une attaque simulée de soldats américains par de faux soldats cubains (Opération Northwood 1962, annulée par J.F. Kennedy) ; fausse attaque nord-vietnamienne dans le golfe du Tonkin contre des navires US (août 1964), qui fut le prétexte à l’entrée en guerre ; fausses allégations en 2002 sur la présence d’armes de destruction massive en Irak (le dossier n’est pas déclassifié mais Colin Powell lui-même a reconnu l’énormité du mensonge).


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