mercredi 19 octobre 2016

Synthèse



Il arrive parfois que la vérité se trouve comme ramassée, condensée et exprimée de manière frappante par une toute petite chose, un détail, à la faveur d’une circonstance anodine. En voici un bel exemple. Si vous voulez comprendre d’un coup la nature du régime dans lequel nous vivons, rendez-vous dans une gare SNCF et approchez-vous de l’une de ces bornes (photo ci-dessous).



Il s’agit d’un dispositif censé permettre aux usagers de donner leur avis sur les services de la SNCF. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Regardez bien. Si vous êtes satisfait (c’est-à-dire, en novlangue dégoulinante, si vous éprouvez de l’amour pour la SNCF), vous pouvez appuyer sur un gros bouton orné d’un cœur ; en appuyant vous augmenterez d’une unité le total des gens contents, qui apparaît sur un écran au-dessus du clavier ; et si vous êtes mécontent ? Eh bien si vous êtes mécontent, il n’y a pas de bouton, pas d’écran, pas de total : on vous propose d’aller sur internet pour expliquer par écrit ce que vous proposez pour améliorer le service. Le plus amusant est que si vous vous rendez sur le site internet indiqué (par le truchement d’une démarche complexe supposant le « flashage » d’un « QR code » -ne me demandez pas ce que c’est), vous tomberez sur une page d’accueil vous proposant de nouveau, par le biais d’un gros bouton rose, de dire que vous aimez la SNCF. Je pense en avoir dit assez. N’est-ce pas là un parfait résumé du régime politique dans lequel nous vivons ? Le suffrage et la liberté d’expression ne cessent d’être portés en étendard par le pouvoir, tout comme la SNCF ne cesse de vanter l’attention qu’elle porte à l’avis de ses usagers, mais à une condition expresse : que le suffrage et l’expression manifestent une approbation massive du système en place. Il va de soi que la démocratie, dans le cas contraire, s’appelle populisme. Et que toute expression négative massive (que permettrait l’installation d’un bouton « J’aime pas ») « mettrait en danger la démocratie » et nous rappellerait « les heures les plus sombres de notre histoire ». L’analogie entre le dispositif de la SNCF et notre régime va même un peu plus loin, car dans la gare, tout autour de la borne démocratique, sont disposées d’immenses affiches représentant trois mains (pluriethniques, of course) venant appuyer sur le gros bouton rose, le tout surmonté du slogan :  "Et si on appuyait là où ça fait du bien?"

Autrement dit, la SNCF, qui est censée organiser une sorte de consultation démocratique, et qui s'en vante, vous matraque la tête consciencieusement, avec votre argent, pour vous dicter la bonne réponse. Etant entendu, de toute façon, que toute réponse négative disparaîtra dans le néant. Exactement ce qui se passe avant tout référendum dans un Etat de l’Union européenne !


C'est ce que l'on appelait autrefois, en bon français, prendre les gens pour des cons.







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