jeudi 1 décembre 2016

Le Revenant









Que signifie la victoire de Fillon ? A mon sens essentiellement ceci : la bourgeoisie conservatrice, réveillée par Taubira, est restée mobilisée depuis 2013 ; elle a pris conscience d’elle-même comme d’une force électorale. Légitimement dégoûtée par Sarkozy, et franchement hostile à Juppé, elle a porté ses suffrages sur le candidat apparemment le moins éloigné de ses principes. Certains rétorqueront : mais il y avait Poisson ! Certes, mais la bourgeoisie n’aime pas les minoritaires, les oppositionnels, les dissidents ; elle rêve de consensus ; elle s’oppose à la modernité, mais pas de manière radicale. Elle le fait gentiment, par le style, par l’ambiance. Sans aller à la racine du mal. Elle voudrait bien empêcher que les homosexuels puissent adopter des enfants, pas revenir sur les acquis du Progrès. Exit donc Poisson. Et puis la bourgeoisie conservatrice n’a pas qu’un seul principe, elle en a deux : elle est conservatrice, certes, mais elle est aussi libérale. Lisez Mauriac. Dieu et Mammon. Le discours économique de Fillon lui plaisait donc beaucoup plus que celui de Poisson. Enfin, la bourgeoisie conservatrice est hostile à l’islamisation de la France, mais pas au point de voter Front National (elle ne souffre pas assez). Et comme Sarkozy, sur ce point comme sur tous les autres, n’avait plus aucune crédibilité et que Juppé est un chantre de l’islamisation, Fillon a facilement raflé la mise.

Bref, la bourgeoisie conservatrice, entre la sortie de la messe et la pâtisserie, est allée voter pour Fillon. Cela représente 2 millions de personnes. Rappelons qu’il y a en France 44 millions d’électeurs. Il ne faut donc pas s’emballer. Le suffrage censitaire n’a pas encore été rétabli. Le peuple, pour le moment, regarde le spectacle.

 Plusieurs remarques s’imposent.
D’abord sur François Fillon lui-même. Son allure, son élégance vestimentaire, sa syntaxe, ses sourcils, son sérieux masquent le flou de son profil idéologique. Lui qui s’est présenté pendant trente ans comme un gaulliste et comme un « séguiniste » explique à présent qu’il regrette de ne pas avoir voté pour le traité de Maastricht et qu’il faut à la France une cure de thatchérisme. Il semble donc avoir changé de convictions. Nous aurions donc affaire à un converti. Converti aux bienfaits –ou du moins à l’inéluctabilité- de l’Union européenne et de la mondialisation libérale. Etrange. D’autant plus étrange qu’il a gardé le style cocardier et la rhétorique souverainiste de ses anciennes convictions. Mais alors, par quoi ses électeurs ont-ils été séduits ? Par l’emballage ou par le contenu ? Peut-être bien par les deux. Cette contradiction n’est pas étonnante, elle est même au cœur du drame inconscient de la bourgeoisie catholique, qui ne voit pas qu’il est parfaitement contradictoire d’être libéral en économie et conservateur en matière civilisationnelle. Le Capital, auquel elle veut faire plus de de place, détruit tout ce qu’elle prétend par ailleurs vouloir conserver.
Se pose ensuite la question de savoir ce que l’on pourrait espérer d’un François Fillon devenu président de la République. Prenons les principaux sujets.
En matière d’Affaires étrangères, on peut raisonnablement s’attendre à des attitudes moins humiliantes, moins désordonnées, moins droits-de-l'hommistes et mois anti-russes que pendant les deux derniers quinquennats. Les circonstances sont très favorables à ce retour à la raison puisque, facétie de l'Histoire, c'est le nouveau maître américain en personne qui va nous demander d'être un peu moins otanien. On n’aura donc pas besoin d’une audace folle pour être moins atlantiste : cela nous sera demandé par l’Empire lui-même. C’est le gaullisme mis à la portée des timides !
En matière économique, le programme de Fillon pourrait avoir été rédigé par la Commission européenne. C’est l’austère programme dicté par l’appartenance de la France à la zone euro. Un programme déflationniste de type Laval-1935 (l’euro est notre étalon-or !): travailler plus, gagner moins, réduire les dépenses, augmenter la TVA, partir à la retraite vers 70 ans, etc. Tout cela est sans doute nécessaire dans le carcan européen, mais pas très engageant. Notons au passage que ces divers thèmes économico-disciplinaires constituent vraiment le centre des préoccupations de François Fillon et de son entourage. Ce sont les thèmes auxquels il tient le plus. Ce sont également des thèmes qui plaisent à son cœur électoral. Pensez-y : pour vibrer à l’idée de travailler plus longtemps, de gagner moins, de voir baisser les remboursements de la Sécu, il faut être... riche et retraité. Et ce d’autant plus qu’il y a une cerise : la baisse des impôts directs qui, comme aurait dit La Palisse, ne soulage que ceux qui en paient. Il y a donc fort à parier que François Fillon s’accroche à cette partie de son programme. Au moins dans un premier temps, jusqu’au repli en bon ordre.
Venons-en à l’immigration. Ici, il faut distinguer deux aspects : il y a d’un côté la question de l’islamisation et de la défense de l’identité française ; de l’autre la question de l’immigration proprement dite, c’est-à-dire des flux d’étrangers arrivant en France chaque année. Il est certes bien difficile, pour ne pas dire inconséquent, de séparer les deux, et ce d’autant plus que notre appareil assimilateur (Ecole, Eglise, Armée) est en ruines -mais c’est pourtant ce que devra faire François Fillon. Et pour une raison simple : il ne fera rien d’efficace contre l’immigration. Car pour stopper l’immigration, c’est-à-dire mettre un terme au processus d’invasion et de colonisation en cours, il faudrait rompre avec les institutions européennes (disons au moins dénoncer la CEDH) et redevenir un Etat souverain démocratique (ce qui suppose au minimum de ramener le Conseil Constitutionnel à son véritable rôle, par un referendum). Sans cela, en effet, il est impossible d’arrêter le regroupement familial, d’interdire les rapprochements de conjoints, de déchoir les anti-français, de refuser de scolariser les clandestins, etc. Le paradigme individualiste des droits de l’homme, dans la main des juges (nationaux et supranationaux), nie le droit des nations à se conserver et à se protéger elles-mêmes. Or, on peut parier sans risque que François Fillon n’aura jamais l’audace de penser, et encore moins d’agir, en dehors de ce cadre antinational, qui est structurellement immigrationniste. La légitime préférence des peuples pour eux-mêmes est le grand principe politique interdit dans toute l’Europe occidentale. Tant que cet interdit ne saute pas, la politique en ces matières se réduit à de la gesticulation. Fillon se contentera donc de briser quelques lances contre l’islamisme, de fermer une dizaine de mosquées, de faire quelques gestes de célébration de l’identité traditionnelle de la France. Mais rien de plus. Cela peut suffire, au demeurant, à satisfaire le cœur de son électorat, qui ne vit pas au contact de l’immigration et n’en subit les désagréments que de manière très atténuée –quand il n’en retire pas carrément des avantages. Sous une présidence Fillon, la France devrait donc continuer de changer de peuple, à la même vitesse qu’actuellement (rappelons que près de 40% des naissances en 2015 sont le fait de résidents étrangers ou d’origine étrangère). Ce nouveau peuple étant musulman, l’islamisation se poursuivra.
 
Fillon président ?

Je résume : une politique étrangère moins interventionniste et plus équilibrée ; une politique économique sans doute assez déflationniste et favorable à ceux qui payent beaucoup d’impôts ; pour le reste, l’aggravation des processus en cours, mais avec une défense de façade de l’identité française.

Cela ne vous rappelle rien ?

Chirac !















 


 



1 commentaire:

  1. Belle analyse ! Je pense aussi que les gens ont voté contre Sarkozy et Juppé et qu'ils ont voté utile expliquant le faible score de Poisson alors qu'il était 4ême bien plus haut dans les sondages. Les gens ont peut-être aussi l'impression qu'il gardait la boutique pendant que Sarkozy s'agitait et ça les rassure.

    RépondreSupprimer